samedi 7 septembre 2013
Fille de harki, à la rigueur, mochetée non
Un crétin de dragueur algérien, maladroit et prétentieux, a voulu faire du gringue à ma fille. Et comme il s'est fait poliment éconduire, et que les mâles de mon pays n'aiment pas ça, il a eu recours à l'insulte : "Fille de harki, lui a-t-il dit, et comme elle n'est pas Jeannette Bougrab(uge), l'hagiographe de cette communauté du mauvais choix, elle n'a pas réagi. Sur ce, il s'en est allé en lui lançant :" en plus, tu n'es pas belle". Et là, je proteste et je m'insurge : harki, j'aurais pu l'être, et ma fille serait fille de harki, mais que l'on dise qu'elle n'est pas belle, alors là pardon ! En dehors de quelques échecs cuisants, du côté de ma fratrie, je vous assure que nous sommes une famille de beaux gosses, même si je n'en suis pas le spécimen le plus représentatif.
vendredi 6 septembre 2013
Cinéma muet, et parlant
La semaine dernière, les téléspectateurs algériens ont pu redécouvrir l'un des prodiges du 7ème art, le passage des films muets au cinéma parlant, un saut prodigieux qui nous a menés de Buster Keaton à Fernandel. L'avènement du parlant, dans les cinémas, où les fauteuils ne roulent plus, préfigure peut-être la superproduction qu'on nous prépare pour 2014, avec des copies au format réduit à télécharger gratuitement. Qui a dit que l'Algérie était en marge des progrès technologiques?
Merci mon Dieu, j'ai pas soif !
Les pauvres Nigériens ! Ils voulaient juste boire, et ils ont été noyés sous des trombes d'eau. C'est à vous dégoûter d'avoir soif. A croire que la divine providence n'arrive toujours pas à régler les problèmes de robinets qui fuient...
samedi 24 août 2013
Pardon, Zhor, pour nos oublis !

mardi 20 août, journée du Moudjahid, dans le cimetière de Baba-Hassan, le village où elle a vécu ces dernières années. Trop occupés à célébrer les évènements d'il y a cinquante-sept ans, les anciens combattants institutionnels (ministère, ONM, F.L.N), n'ont pas prêté attention au départ de cette grande dame. Il n'y avait pas la grande foule au cimetière pour lui dire adieu, mais le dernier carré des amis, des confrères, et des admirateurs anonymes, était là. Et ceci aurait suffi à son bonheur, elle qui en a été privée toute sa vie, parce qu'elle a choisi les sentiers aventureux, et périlleux du devoir. Hommage d'un cadet à son aînée :
Pardon, Zhor, pour nos oublis !
Zhor, je t'imagine juste au lendemain de l'Indépendance,
sortie des prisons françaises, et confrontée pour la première fois aux
nouvelles réalités, incarnées par ce jeune imbécile qui croyait tout savoir. Je
voudrais juste rapporter à ceux qui ne te connaissaient pas, ou qui ne savaient
pas, le récit de tu as fait il y a quelques années à mon confrère Boukhalfa
Amazit, de ton premier choc, après celui des tortures dans les geôles
coloniales (http://che1951.skyrock.com/634038565-ZHOR-ZERARI.html)
: " Nous, les femmes, sommes
tombées de haut, d'avoir été renvoyées aux réchauds le jour même qui a succédé
à l'indépendance. Sans attendre ! Oust ! Aux cuisines. Le 3 juillet, il y avait
un meeting sur le référendum qui se déroulait à Sidi Fredj, il était animé par
le colonel Si Mohand Oul-Hadj et mon oncle le commandant Azzedine. Tôt le matin
je m'y suis rendue, et je voyais les gens qui, par vagues successives,
arrivaient et couvraient peu à peu une petite colline. J'étais avec mon frère
et un de ses amis. A un moment, un jeune en tenue militaire, toute neuve, s'est
approché de moi et m'a dit d'un ton aussi autoritaire que hargneux : « Vas avec
les femmes », cela se passait le 3 juillet 1962...1962... « Vas avec les femmes
te dis-je », vitupérait le jeune ... « Je me trouve bien ici, pourquoi irai-je
ailleurs », ai-je répondu... Il a insisté, je me suis obstinée. « Donne-moi tes
papiers ! » poursuivit-il. « Je n'en ai pas, je viens de sortir de prison »,
lui ai-je dit. « Toi ? Toi tu as la tête d'une moudjahida ? Dégage d'ici,
dégage ! », me dit-il, me menaçant de
son arme... ... J'ai dévalé la colline les yeux brouillés de larmes et dans mon
dos, lardée par un poignard de glace, j'entendis le cliquetis caractéristique
de la culasse qu'il manipulait pour engager une balle dans le canon de son
arme..." Ces quelques lignes bouleversantes pourraient résumer, à elles seules,
ce qu'a été le reste de ta vie, marquée et hantée par les séquelles
ineffaçables de la torture. Ce jeune en uniforme flambant neuf, sans doute
engagé dans la "lutte armée", après le cessez-le-feu, ne voulait
apparemment rien savoir de ton combat, des affreuses tortures que tu as subies
:
"J'ai été torturée dans la salle même où a été assassinée par une défenestration Ourida Meddad. Dans une salle de classe de l'école Sarouy, une école de la République française. Le comble de la perversion pour ces gens venus nous civiliser. Ce n'était pas la seule école qui servait de centre de torture en Algérie. « J'ai été torturée », quatre mots. Pour moi, ce n'est pas l'instant des tourments qui me torture aujourd'hui. Ce sont les terribles séquelles que j'en garde. Des séquelles qui ont gâché tout le restant de ma vie".
Pardon Zhor, pour cette première grande désillusion infligée par l'Algérie indépendante qui commençait déjà à se déchirer, et à lacérer sa propre mémoire. Il y a longtemps que je voulais le faire, Zhor, je voulais te demander pardon pour cette espèce de lâche résignation devant l'absence. On s'habitue à voir une personne à de rares occasions, puis de moins en moins en dépit des mêmes occasions, et on s'empresse de se résigner à la première nouvelle : "oui, Zhor est un peu fatiguée ces jours-ci". On dit un peu fatiguée, pour ne pas dire, gravement malade, voire agonisante, des mots qui rassurent, un cataplasme pour les consciences. Je te demande pardon, Zhor, pour ces nouvelles blessures d'après guerre que nous n'avons pas su cautériser, pour ces trop longues années qui nous ont laissés te perdre de vue, jusqu'à en oublier ton existence parfois. Je sollicite humblement ton pardon pour moi, et pour tous tes amis, pour tous ceux qui t'aimaient sans se croire obligés de le montrer. Et c'est sans doute cela qui t'a manqué le plus durant toutes ces décennies où tu traversais la vie, comme une ombre, presque en t'excusant de "n'être pas plus loin", tel un personnage de Brel. Mais trêve de larmoiement, Zhor, au moment où nous pleurons autant ta disparition que sur nos propres regrets, de t'avoir si souvent manqués. Pour moi, Zhor, tu étais d'abord l'héroïne de ce qu'il est convenu d'appeler "La Bataille d'Alger", une expression que tu n'aimais pas beaucoup, mais qui sert à désigner une épopée. Tu as été l'une des artisanes de cette épopée, sans jamais en tirer une quelconque gloriole, sans jamais te mettre en avant. Mais comme tu n'étais pas femme à retourner aux cuisines, même sous la menace d'un fusil, tu as repris le combat sous une autre forme en t'engageant dans le journalisme, dont tu as tracé pour nous les premiers sillons. Et c'est parce que nous avons connu une pionnière de ta trempe que nous voulons célébrer un culte à ta mémoire. La mémoire de la consœur engagée, dynamique, que tu as été, lorsque les horreurs infligée à ton corps et à ton âme, te laissaient un peu de répit. Pardon, enfin, Zhor, d'avoir attendu si longtemps pour dire ces mots dérisoires, pour parler de ce que tu as été, et surtout pour rappeler que l'oubli est parfois le plus noir des tombeaux.
"J'ai été torturée dans la salle même où a été assassinée par une défenestration Ourida Meddad. Dans une salle de classe de l'école Sarouy, une école de la République française. Le comble de la perversion pour ces gens venus nous civiliser. Ce n'était pas la seule école qui servait de centre de torture en Algérie. « J'ai été torturée », quatre mots. Pour moi, ce n'est pas l'instant des tourments qui me torture aujourd'hui. Ce sont les terribles séquelles que j'en garde. Des séquelles qui ont gâché tout le restant de ma vie".
Pardon Zhor, pour cette première grande désillusion infligée par l'Algérie indépendante qui commençait déjà à se déchirer, et à lacérer sa propre mémoire. Il y a longtemps que je voulais le faire, Zhor, je voulais te demander pardon pour cette espèce de lâche résignation devant l'absence. On s'habitue à voir une personne à de rares occasions, puis de moins en moins en dépit des mêmes occasions, et on s'empresse de se résigner à la première nouvelle : "oui, Zhor est un peu fatiguée ces jours-ci". On dit un peu fatiguée, pour ne pas dire, gravement malade, voire agonisante, des mots qui rassurent, un cataplasme pour les consciences. Je te demande pardon, Zhor, pour ces nouvelles blessures d'après guerre que nous n'avons pas su cautériser, pour ces trop longues années qui nous ont laissés te perdre de vue, jusqu'à en oublier ton existence parfois. Je sollicite humblement ton pardon pour moi, et pour tous tes amis, pour tous ceux qui t'aimaient sans se croire obligés de le montrer. Et c'est sans doute cela qui t'a manqué le plus durant toutes ces décennies où tu traversais la vie, comme une ombre, presque en t'excusant de "n'être pas plus loin", tel un personnage de Brel. Mais trêve de larmoiement, Zhor, au moment où nous pleurons autant ta disparition que sur nos propres regrets, de t'avoir si souvent manqués. Pour moi, Zhor, tu étais d'abord l'héroïne de ce qu'il est convenu d'appeler "La Bataille d'Alger", une expression que tu n'aimais pas beaucoup, mais qui sert à désigner une épopée. Tu as été l'une des artisanes de cette épopée, sans jamais en tirer une quelconque gloriole, sans jamais te mettre en avant. Mais comme tu n'étais pas femme à retourner aux cuisines, même sous la menace d'un fusil, tu as repris le combat sous une autre forme en t'engageant dans le journalisme, dont tu as tracé pour nous les premiers sillons. Et c'est parce que nous avons connu une pionnière de ta trempe que nous voulons célébrer un culte à ta mémoire. La mémoire de la consœur engagée, dynamique, que tu as été, lorsque les horreurs infligée à ton corps et à ton âme, te laissaient un peu de répit. Pardon, enfin, Zhor, d'avoir attendu si longtemps pour dire ces mots dérisoires, pour parler de ce que tu as été, et surtout pour rappeler que l'oubli est parfois le plus noir des tombeaux.
Lire aussi l'hommage de Boukhalfa Amazit :
mercredi 24 juillet 2013
jeudi 18 juillet 2013
Henri Alleg n'est plus
Le 17 juillet 2013, Harry Salem dit Henri ALLEG nous a quittés, à l'âge de 92 ans.
Journaliste et militant communiste, il a consacré sa vie aux luttes contre le fascisme, le colonialisme, le racisme et l'exploitation ; il s'est battu pour la paix, le socialisme et la fraternité entre les peuples.
Sa famille, ses amis, ses camarades lui rendront un hommage fraternel le lundi 29 juillet à 10h30, au crématorium du Père Lachaise, salle de la Coupole. Le même jour, à 16 h, une courte cérémonie d'inhumation aura lieu au cimetière de Palaiseau (Essonne).
Contact : andre.et.jean.salem@gmail.com
Henri Alleg vient de décéder.
Permettez-moi de vous transmettre un texte que lui avait dédié Bachir Hadj Ali.
Ce texte a été écrit en septembre 1965, alors que Bachir Hadj Ali était détenu dans les geôles de la sécurité militaire.
Smaïl Hadj Ali
Ton exemple A Henri Alleg
Tu as dit un mot plus percutant qu'une balle
Tu as dit un mot plus vivant que nous
Tu as limé l'outil pour éviter la rouille
Je t'ai appelé et l'amande m'a livré
Trois lettres et comme toi j'ai dit NON
Et comme toi j'ai vaincu les monstres
Bachir Hadj Ali
Chants pour les nuits de septembre -1965-
in L'Arbitraire, Editions de Minuit, 1965
vendredi 28 juin 2013
mercredi 26 juin 2013
dimanche 19 mai 2013
Hommage
Un éclair de Lalmas dans la grisaille des Annassers
Au sein de l'équipe de Tixeraïne, on a tout de suite remarqué le talent d'un jeune joueur, au crâne rasé, chaussé de tennis, et avec des chaussettes tombantes, une habitude tenace. Ce joueur déroutait partenaires et adversaires, par ses dribbles, et ses accélérations. Autour de lui, les adversaires qui essayaient de l'arrêter tombaient comme des quilles.
Je ne me rappelle pas exactement de l'année, mais il me semble que
c'est durant la saison de football 1965/1966, ou celle d'après, que ce titre a
paru dans le quotidien "El-Moudjahid" : "Un éclair de Lalmas
dans la grisaille des Annassers". Je ne me souviens plus si cet éclair
journalistique est de Bachir Rezzoug, ou de Hocine Djebrane. Il n'y a pas lieu
de susciter une dispute à propos de la paternité de ce titre : Bachir nous a
quittés en 2008, et Hocine vieillit paisiblement, mais oublié de tous à
quelques exceptions près, dans une maison de retraite médicalisée à Paris. Tout
ce que l'on peut dire, c'est qu'ils étaient tout les deux de la race des grands
du journalisme, cette race qui peine hélas à se régénérer au fil des âges.
"Un éclair de Lalmas dans la grisaille des Annassers" : on en parle
encore dans les chaumières où les "Arsène Lupin" (1) du journalisme
n'ont pas eu accès. C'était effectivement un "éclair", puisque
l'unique but avait été inscrit par l'unique Lalmas.
Cette phrase ne m'a jamais quittée, elle s'éclipsait parfois, mais elle
revenait au petit trot chaque fois qu'elle rencontrait un titre, un entrefilet
où figurait le mot "Lalmas", à qui du reste elle est liée à jamais.
Je ne sais plus de quel match, il s'agissait, et seul l'intéressé serait en
mesure de le préciser, mais il me semble bien que c'était un certain CRB-MCO,
au stade des Annassers. Il faisait un temps gris et lourd, et la rencontre
était à l'avenant, insipide et aussi ennuyeuse que peut l'être un match sans
public chaleureux, et sans joueurs motivés. Pourtant, le CRB était un grand
champion : deux ou trois saisons auparavant, il était passé de la peu enviable
position de lanterne rouge à celle de leader, écrasant tout sur son passage.
La fulgurante remontée était due, en particulier, à l'explosion, d'un
numéro "huit" que détracteurs et admirateurs surnommaient déjà
"El-Kebch".
Certains disaient que c'était à cause de sa tonsure, et de son aspect
physique général, rappelant un bélier. D'autres affirmaient qu'on le surnommait
ainsi parce qu'il était comme un bélier lorsqu'il fonçait balle au pied sur les
défenseurs adverses. C'est ce jeune "bélier" que Boudjema Karèche,
l'ancien directeur de la cinémathèque, a vu pour la première fois en action au
stade Kouba. C'était juste après l'indépendance, Boudjema jouait dans l'équipe
de Ben-Aknoun, qui n'était alors qu'un petit village, et l'essentiel du
football était représenté par les Oualiken, frères et cousins. Ils étaient six
ou sept joueurs dans l'équipe fanion qui aurait pu s'appeler l'Espérance
sportive des Oualiken, tant ces derniers étaient présents et actifs au sein de
l'équipe.
Boudjema Karèche se souvient de ces premiers championnats interquartiers
d'Alger : " Nous venions de battre l'équipe de Cheragas, qui était dans
notre groupe, par 3 buts à 1, et tout à fait fiers de notre performance, nous
nous étions installés dans les gradins du stade Kouba pour voir un match d'un
autre groupe. C'était l'équipe de Tixeraïne qui jouait contre une autre
formation, dont je ne me souviens plus
du nom, disons l'USBZ (2) pour ne pas réveiller de vieilles blessures. Au sein
de l'équipe de Tixeraïne, on a tout de suite remarqué le talent d'un jeune
joueur, au crâne rasé, chaussé de tennis, et avec des chaussettes tombantes,
une habitude tenace. Ce joueur déroutait partenaires et adversaires, par ses
dribbles, et ses accélérations. Autour de lui, les joueurs qui essayaient de
l'arrêter tombaient comme des quilles. C'était Hacène Lalmas. Tixeraïne
remporta la rencontre par 15 buts à 2, mais on se souviendra surtout que sur
les 15 buts de son équipe Hacène Lalmas en avait marqué 13 !".
Heureusement pour l'orgueil de Boudjema, et surtout pour celui des
Oualiken, que Ben-Aknoun n'eut pas à affronter Tixeraïne, lors de ce tournoi,
sinon l'histoire n'aurait sans doute pas été racontée de la même manière. En
1964, sélectionné en équipe nationale pour la première fois, et entré en cours
de jeu, il marqua un but splendide au grand Lev Yachine, gardien de l'équipe de
l'U.R.S.S. Il n'a cessé, depuis, d'aligner des performances, et de réaliser des
"éclairs", comme ces passes lumineuses à son compère Achour. Le truc
était simple, mais le choix des défenseurs plus compliqué : il fonçait sur la
ligne de défense balle au pied, attirant le maximum d'arrières autour de lui,
puis il décalait son coéquipier, qui déclenchait son tir du gauche meurtrier.
Sinon, avec un peut moins de défenseurs, pour le marquer, il arrivait à se
retrouver en position de tir, et c'était le but assuré.
On se souviendra aussi de cette finale de coupe d'Algérie jouée en
"deux manches et une belle" contre l'U.S.M.A., en coupe d'Algérie.
Lalmas avait donné la victoire à son équipe du C.R.B, la victoire lors du
troisième match décisif. Et puis, souvenons-nous de cette belle photo d'un
grand hebdomadaire parisien montrant, Lalmas prenant une balle de la tête à
Herbin (capitaine de Saint-Étienne et plus belle détente de France). La photo
était ainsi légendée : "On a toujours admiré la détente de Robert Herbin,
admirons celle de l'Algérien Hacène Lalmas".
Malgré toutes ces appréciations, et ces éloges, malgré les
sollicitations des grands clubs français et européens, Lalmas n'a jamais été
autorisé à s'expatrier comme joueur. C'est l'une des plus grandes injustices
commises contre ce grand joueur, qui aurait mérité de finir sa carrière en
éblouissant de sa classe la grisaille (climatique) des stades européens. Il
aurait pu nous faire une crise de susceptibilité, et d'orgueil mal placé comme
on en voit encore, ou jouer à reculons, mais comme il n'était pas un tricheur,
il a continué. Que ce soit en sélections nationales, ou dans l'équipe de la
police, il n'a cessé de se livrer à fond, et de faire chavirer les gradins.
Habitué aux clameurs de la foule, l'artiste du ballon rond, le magicien
Lalmas, n'a sans doute pas supporté de tomber dans l'oubli, notamment celui des
médias, prompts à tourner la page. En lisant dernièrement l'émouvant article
que lui a consacré notre confrère Hamid Grine, j'ai été peiné de voir à quel
point l'amnésie peut blesser, voire tuer. Et je me suis senti, quelque part
coupable, aussi coupable que ceux qui l'ont empêché d'aller voir ailleurs si
les pelouses étaient mieux entretenues, que ceux qui n'ont rien fait en 1970
pour lui faire gagner le "Ballon d'or" africain. Heureusement que les
légendes n'ont pas besoin de nous, hommes politiques, décideurs, artistes ou
journalistes, pour naître et renaître. Mais en attendant que cette merveille
qui nous échappe prenne Ahcène Lalmas sous son aile, appelons-le à la rescousse
de notre sport-roi. Dieu sait pourtant que notre football actuel, et ses
dérives extra sportives auraient bien besoin d'un éclair de Lalmas dans la
grisaille de ses stades.
Salah Arezki
(1) La formule pour désigner ceux qui sont entrés dans le
journalisme, par effraction, ou qui ont été infiltrés, est d'un ancien confrère,
l'un des plus talentueux journalistes du non moins talentueux quotidien
"La république". Il a décidé un jour de se retirer du circuit, et de
prendre une retraite anticipée, et inexplicable, qui dure toujours, à notre
grand regret.
(2) Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il ne s'agit pas de
l'US Bouzaréa, mais de l'US Bezzef, ainsi surnommée par Boudjema, et consorts,
à cause du "panier" de buts que cette équipe avait pris contre Tixeraïne, et face à Lalmas.
mardi 30 avril 2013
mercredi 24 avril 2013
Azzegagh, dix ans déjà...
Le 24 avril 2003, journée anti-impérialiste, comme vient de me le rappeler opportunément notre ami Djillali Benchikh, nous avons perdu un grand poète, un grand intellectuel, et un opposant, de la première heure, à la dictature, Ahmed Azzegagh. Il en fallait de la conviction, et du courage, en effet, aux premières années de l'indépendance, pour dire non à Ben-Bella, alors porté aux nues aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays.
lundi 22 avril 2013
vendredi 19 avril 2013
Tant va la bière à l'eau...
A me remettre sous le nez, ainsi que l'ensemble de mes "oeuvres", dans dix-sept ans, si jamais je m'égarais à être ministre.
J'apprends incidemment que des autorités auraient décidé de déverser des centaines, voire des milliers d'hectolitres de bière dans la Soummam. Dommage pour la gâchis, mais as-t-on réfléchi aux conséquences d'une telle opération? Je sais que cette pauvre rivière a reçu plus que sa part de saletés diverses et de pollutions, et que cette bière, périmée parait-il, ne fera pas plus de dégâts. Mais je m'inquiète sérieusement pour les nuisances d'ordre religieux : avant que toute cette bière soit absorbée et "purifiée" par la Soummam, combien d'hommes et de femmes pieuses auront fait leurs ablutions avec l'eau de la rivière, sans compter ceux, et celles qui en auront bu. Combien d'animaux domestiques s'y seront abreuvés, avant de finir dans des estomacs musulmans? Et tous ces fruit et légumes qui pousseront à la prochaine germination sur les rives de la Soummam? Non vraiment, il y a parfois des gestes, et des initiatives inconsidérées qui heurtent les sensibilités des coroyants, à défaut des susciter des regrets sincères chez les buveurs de bière. Encore une histoire choquante : La grande mosquée, occuperait une partie des anciennes caves vinicoles de l'O.N.C.V, d'où émanaient encore les effluves chères à Bacchus, avant le démarrage du chantier. A-t-on pensé à purifier les lieux, physiquement et le procédé de la "Rokia", dont nous possédons désormais des milliers, sinon des millions de spécialistes, y compris au sein de notre corps médical? Autrement, ce serait un beau scandale que des fidèles se mettent à tituber, et à bafouiller, après avoir inhalé les maléfiques vapeurs qui saouleraient autant que le liquide, selon les spécialistes. J'imagine d'ici le spectacle de milliers de "fans" d'Ali Benhadj, sortant de la dite "big" mosquée, et scandant les célèbres "Alayha nahia, alayha namout", entrecoupés de "hip" à la gloire de la boisson interdite.
mercredi 17 avril 2013
Si près de toi mon Dieu !
Où il est démontré que l'ivresse de l'altitude, additionnée à celle que distille un Johnny Walker, "étiquette rouge", peut réveiller de mauvais penchants. Il faudra bientôt ajouter aux consignes de bord dans les avions l'interdiction de voler…
Il y a quelques longues années, lorsque j'étais jeune et turbulent (je
le suis toujours), je voyageais avec une délégation officielle, à bord d'un
avion officiel et très haut placé (l'altimètre de bord indiquait 10.000 mètres).
Nous revenions d'un périple africain, et comme le trajet de retour était long
et ennuyeux, nous avons reformé les deux équipes de belote qui s'étaient déjà
affrontées au sol. Le principe était d'opposer deux journalistes à deux membres
de la délégation officielle qui étaient cette fois-là deux hauts cadres, un
civil et un militaire. Ivresse de l'altitude, ou autre, mon partenaire s'était
mis à commettre des erreurs de débutant, et comme nous étions en difficultés, je
me devais de réagir. Je me suis souvenu d'une méthode de triche très efficace que
m'avait enseignée un diablotin de mes amis de lycée (qui le sont toujours), et
que nous avions expérimentée à merveille, durant de longues années (1). Alors
que nous survolions le territoire algérien, celui de la vigilance, et de la
suspicion, permanentes (2), l'un de nos adversaires me prit, si l'on veut, la
main dans le sac. Suffoquant d'indignation, cet officier supérieur de l'armée,
leva les bras au ciel et s'écria : "si près de toi mon Dieu!". Et se
tournant vers moi : "comment peux-tu tricher à une telle altitude, tu n'a
donc pas peur de Dieu?". Comme la bonne humeur avait vite repris le
dessus, je répondis piteusement à la manière du scorpion, en disant que je le
faisais machinalement, sans y penser.
Le souvenir de ce voyage m'est revenu la semaine dernière, alors que j'étais à bord d'un avion de ligne, volant approximativement à la même altitude que le premier nommé. J'ai été ainsi confronté à un curieux incident, rarissime dans les transports aériens, à ce qu'on m'a dit. Je ne vous dirai pas le nom de la compagnie aérienne, ni l'horaire du vol, quant au trajet, certains l'auront deviné, c'est celui de Paris-Alger. J'étais donc installé sur mon siège, côté couloir, lorsque ce voyageur, venu ou extradé d'une autre planète, est venu s'installer dans la même rangée. Alors que l'avion n'avait pas encore commencé à rouler sur la piste, celui qui allait être mon compagnon de voyage (mouvementé), a essayé d'engager la conversation. Devant mon manque d'enthousiasme, il s'est rabattu sur son téléphone, en engageant une conversation bredouillante, entrecoupée d'"Inchallah". En le voyant ensuite dégainer une bouteille de Johnny Walker (Red label), à moitié vide, de son sac "duty-free", j'ai compris qu'il était du genre à avaler une rasade de whisky, et à dire "Al-hamdulilah". Je me suis tout de suite demandé si ce gars là n'allait pas avoir des ennuis à l'arrivée, à l'aéroport, au vu de son état et de son comportement. En dépit des consignes, il a continué à téléphoner à toutes ses connaissances, y compris au syndic de son immeuble pour lui signaler une fuite d'eau dans les sous-sols. Rien de plus normal me direz-vous: ne dit-on pas chez nous que l'ivrogne connait la porte de sa maison. Mais là. Allez une bonne rasade de "Johnny" pour fêter le décollage réussi!
Le souvenir de ce voyage m'est revenu la semaine dernière, alors que j'étais à bord d'un avion de ligne, volant approximativement à la même altitude que le premier nommé. J'ai été ainsi confronté à un curieux incident, rarissime dans les transports aériens, à ce qu'on m'a dit. Je ne vous dirai pas le nom de la compagnie aérienne, ni l'horaire du vol, quant au trajet, certains l'auront deviné, c'est celui de Paris-Alger. J'étais donc installé sur mon siège, côté couloir, lorsque ce voyageur, venu ou extradé d'une autre planète, est venu s'installer dans la même rangée. Alors que l'avion n'avait pas encore commencé à rouler sur la piste, celui qui allait être mon compagnon de voyage (mouvementé), a essayé d'engager la conversation. Devant mon manque d'enthousiasme, il s'est rabattu sur son téléphone, en engageant une conversation bredouillante, entrecoupée d'"Inchallah". En le voyant ensuite dégainer une bouteille de Johnny Walker (Red label), à moitié vide, de son sac "duty-free", j'ai compris qu'il était du genre à avaler une rasade de whisky, et à dire "Al-hamdulilah". Je me suis tout de suite demandé si ce gars là n'allait pas avoir des ennuis à l'arrivée, à l'aéroport, au vu de son état et de son comportement. En dépit des consignes, il a continué à téléphoner à toutes ses connaissances, y compris au syndic de son immeuble pour lui signaler une fuite d'eau dans les sous-sols. Rien de plus normal me direz-vous: ne dit-on pas chez nous que l'ivrogne connait la porte de sa maison. Mais là. Allez une bonne rasade de "Johnny" pour fêter le décollage réussi!
Je me suis mis à réfléchir, et à supputer façon résolution du FLN :
considérant que l'homme a l'air d'être assez proche de la cinquantaine, et
qu'il a sans doute des problèmes de prostate. Considérant ce qu'il a bu, et ce
qu'il boira sans doute durant le trajet. Considérant les problèmes de vessie
subséquents. Il aura à se déplacer plusieurs fois vers les toilettes (3), et
j'aurais donc aussi à me lever pour lui céder le passage. Or, je voulais regarder tranquillement un épisode
de "Game of thrones" sur mon portable, dont je craignais d'ailleurs
qu'il soit atteint par une manipulation hasardeuse de la bouteille susnommée.
Par prudence, je me suis donc décalé vers l'autre rangée de sièges inoccupés,
avec mon lap-top, négligeant de déplacer aussi mon sac "duty-free", qui
était sous le siège de devant. Ce n'est qu'au moment où l'avion amorçait sa
descente vers Alger que je me suis aperçu que mon sac n'était plus là où je
l'avais mis. J'ai essayé d'attirer l'attention de l'unique occupant de la
rangée que j'avais vu fureter sous les sièges à la recherche de sa carte de
débarquement qu'il avait jetée dans un premier geste de révolte citoyenne,
sponsorisée par l'émir Johnny Walker. En vain: il semblait avoir perdu les sens
de la parole, et de l'ouïe, tout en s'affairant à empiler d'autres affaires sur
le sac suspect. J'ai même eu l'impression de l'avoir vu regarder fixement le
hublot, comme s'il était à bord d'un bateau, et qu'il pouvait jeter l'objet
compromettant à la mer. Ce qui a achevé de me convaincre qu'il avait encore
assez de lucidité pour s'apercevoir qu'il ne pouvait dissimuler trop longtemps
son larcin. Malgré cela, il s'est entêté, et a refusé de montrer le contenu de
son sac à l'intérieur duquel il avait fourré hâtivement le mien.
Devant son refus obstiné, et son attitude impolie, et injurieuse
parfois, nous nous sommes retrouvés lui et moi au poste de police de l'aéroport.
Dans l'intervalle, il avait eu un début d'altercation avec un ou deux
voyageurs, en attente de passer les contrôles de police, et s'en était pris à
moi, me menaçant de me "découper en lanières". Comme j'avais mon petit
magnétophone dans ma poche, je lui ai demandé de répéter ses propos, ce qu'il a
fait sans plus attendre, en y ajoutant cette insulte cinglante : "Espèce
de journaliste!". On m'avait déjà traité de quelques noms d'oiseaux et
d'animaux moins nobles, et même de membre d'une aristocratie infernale, mais
jamais on ne m'avait fait un tel compliment. Toujours est-il que j'ai fini par
récupérer mon bien, vu que j'étais le seul à connaître le contenu du sac dérobé
momentanément.
Et même, à ce moment là, pris sur le fait, il n'a même pas eu un mot de
regret, au contraire : "Tu t'es volé toi-même". Autrement dit, en lui
abandonnant la place, et en laissant mon sac à portée de sa convoitise et de sa
main, je l'avais induit en tentation, et j'étais donc le vrai coupable. Que
voulez-vous faire après cela? Je suis parti en remerciant tout le monde, lui
compris pour avoir daigné renoncer à garder mes emplettes, une boîte de
cigares, et une bouteille de whisky indemne (3). Parti comme il était, il
aurait pu vouloir consommer immédiatement son butin, ouf ! En plus, je ne fume
pas et la bouteille n'était pas pour moi. Avec le recul, je pense que j'aurais
du demander au moins que soit notifiée à cet individu une interdiction de
voler, avec toutes les définitions du dictionnaire. Sinon, chaque fois que je
m'installerai dans un avion, je me demanderai si le prochain passager à côté de
moi, ne sera pas mon compagnon de voyage imbibé et amoral. Au secours ! Laissez-moi
descendre !
(1) Mes excuses et regrets tardifs à tous les copains que j'ai
ratatinés à la beloté en me servant de procédés indignes. Mea Culpa !
(2)
Malheureusement, la méfiance et la suspicion
sont toujours dirigées vers les mêmes, ceux qui ne font pas œuvres de rapines.
Pendant ce temps, les industriels du vol et des détournements s'en donnent à cœur
joie.
(3) Cette précision est utile pour ceux qui pourraient croire que je
ne suis pas sensible à un bon whisky, avec une étiquette plus avantageuse, mais
le vin blanc est excellent actuellement à Alger. Vous avez dit "Astaghfiroullah"?
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